Ondes de choc sur le tendon d’Achille : le clou dans le cercueil ?
Revue systématique avec méta-analyse — Korakakis et al., J Orthop Sports Phys Ther, mai 2026
Insertionnel
5 essais · 289 patients
Corporéal
5 essais · 243 patients
Début septembre. Thomas, 44 ans, coureur de trail, revient vous voir après l’été. Douleur au corps du tendon d’Achille depuis huit mois. Pendant les vacances, on lui a vendu six séances d’ondes de choc dans un centre — « ça marche très bien sur les tendons », lui avait-on assuré. Bilan : la facture est passée, la douleur non.
Il repose la question, un peu gêné : « Est-ce que je continue ? On m’en propose encore quatre. »
Le réflexe classique serait de répondre au ressenti, ou de se dire « ça ne peut pas faire de mal ». C’est précisément ce réflexe que la science invite à revoir.
👉 La vraie question n’est pas « combien de séances d’ondes de choc encore ? » mais « les ondes de choc font-elles mieux qu’un faux traitement sur le tendon d’Achille ? » Toute la différence est là : un traitement qui « améliore » les patients n’est utile que s’il fait mieux qu’un placebo bien mené.
La réponse la plus récente et la plus rigoureuse vient de Korakakis, Kotsifaki, Sotiralis & Malliaras (Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, mai 2026) : une revue systématique avec méta-analyse de neuf essais contrôlés randomisés (557 patients), comparant les ondes de choc à un placebo ou à l’abstention, avec cotation de la qualité de preuve par GRADE.
- 🎯Achille insertionnel : aucun bénéfice cliniquement pertinent par rapport au placebo. Résultat solide, confirmé par toutes les analyses.
- 〰️Achille corporéal : résultats incohérents. Les seuls signaux positifs viennent d’essais uniques, à haut risque de biais.
- 🎭Le placebo n’était pas neutre : les ondes de choc font mal, le sham non. Les patients devinent leur groupe → biais qui gonfle les effets ressentis.
- ⚠️Sécurité : deux ruptures du tendon d’Achille rapportées après ondes de choc focalisées.
- 🏋️Ce qui marche : l’exercice reste la référence — efficace, sûr, peu coûteux, simple à mettre en place.
- 📊Pour trancher au cabinet : on mesure. Le VISA-A (et ses limites) plutôt que l’impression.
Cette revue porte uniquement sur la tendinopathie d’Achille (insertionnelle et corporéale). Elle ne dit rien des autres indications parfois citées pour les ondes de choc (fasciite plantaire, tendinopathie calcifiante de l’épaule…), où les données diffèrent. « C’est fini » vaut ici pour l’Achille — pas pour tout, partout.
Étape 1
Ce que la revue a vraiment mesuré
Une revue solide ne compte pas les patients « qui vont mieux ». Elle compare deux groupes : ondes de choc contre placebo. Pourquoi ? Parce qu’une tendinopathie s’améliore souvent seule — avec le temps, l’exercice et l’effet d’attente. Sans groupe placebo, on attribue au traitement ce qui serait arrivé de toute façon.
Les auteurs ont fait trois choses essentielles, là où les revues précédentes trébuchaient :
• Séparer les deux localisations (insertionnel vs corporéal), trop souvent mélangées.
• Exiger des mesures validées (VISA-A, scores de douleur) et raisonner en différence minimale cliniquement pertinente (MCID) — environ 10 points sur 100 pour le VISA-A.
• Coter la confiance de chaque résultat par GRADE, de « élevée » à « très faible ».
🎯 Rien de plus que le placebo
Cinq essais, 289 patients. Le verdict est net et stable : à toutes les échéances — 6 semaines, 3 mois, 6 mois — aucune différence cliniquement pertinente entre ondes de choc et placebo, ni sur la fonction (VISA-A) ni sur la douleur. Les écarts se comptent en… un point sur cent. Les analyses de sensibilité et de sous-groupes ne changent rien.
Pour l’Achille insertionnel, le dossier est solide : les ondes de choc n’apportent rien de plus que le placebo.
Étape 3 — Corporéal〰️ Un mirage statistique
Cinq essais, 243 patients. Ici, quelques chiffres « positifs » apparaissent — mais ils sont fragiles. Chaque signal favorable provient d’un seul essai, à haut risque de biais, avec une confiance « très faible ». Un essai affiche même un effet spectaculaire sur le VISA-A… mais n’a pas vérifié si les patients étaient bien restés en aveugle.
À 6 semaines, l’hétérogénéité entre essais est extrême (I² = 94 %) : les études se contredisent franchement. La traduction honnête n’est pas « ça marche », c’est « on ne peut rien conclure ».
Voici le point que tout le monde oublie. Les ondes de choc, ça pique. Le faux traitement, non. Un patient sent tout de suite s’il a reçu « le vrai ». Et dès qu’il devine son groupe, ses attentes colorent ce qu’il rapporte : douleur, satisfaction, ressenti. C’est le biais d’attente — et il gonfle artificiellement les résultats subjectifs.
Le détail qui tranche : le seul essai à faible risque de biais, et le seul à avoir vérifié le succès de l’aveugle, ne trouve aucun effet des ondes de choc. Mieux l’étude est faite, moins l’effet apparaît.
Deux ruptures du tendon d’Achille ont été rapportées après ondes de choc focalisées, chez deux patients de 62 et 65 ans, dans les deux semaines suivant la première séance. Le lien de causalité reste incertain — une rupture peut survenir sur un tendon pathologique sans aucun traitement. Mais la balance bénéfice/risque ne penche pas du bon côté quand le bénéfice est proche de zéro.
Le bon geste
🏋️ Ce qui marche vraiment
Le consensus est clair et ne bouge pas : l’exercice est le traitement de référence de la tendinopathie d’Achille. Renforcement lourd et progressif — travail excentrique du triceps sural, ou heavy slow resistance — avec une charge adaptée et suivie dans le temps. Efficace, sûr, peu coûteux, reproductible. C’est là qu’il faut mettre l’énergie… et les séances.
À bénéfice nul ou incertain, tout coût devient trop cher. Les ondes de choc demandent un appareil, des séances, du temps — pour un résultat qui n’égale pas un placebo. Ranger la machine, ce n’est pas renoncer : c’est réorienter le temps de soin vers ce qui a fait ses preuves.
Mesurer plutôt que deviner
📊 Objectiver la douleur avec le VISA-A
« Il va mieux » n’est pas une donnée. Pour savoir si votre prise en charge fonctionne, mesurez. Le VISA-A (0–100) reste l’outil le plus utilisé pour la tendinopathie d’Achille : une variation d’environ 10 points marque un changement réellement perçu par le patient (MCID).
Une nuance d’expert, soulignée par les auteurs : le VISA-A pèse lourdement la section « sport ». Chez un patient sédentaire, il devient moins sensible au changement. D’où deux recommandations : le VISA-A sédentaire pour ces profils, et le TENDINS-A, plus récent et mieux construit. Mesurer, oui — mais avec le bon outil, pour la bonne personne.
📐 Niveau de preuve
Soyons justes avec la nuance
Il s’agit d’une revue de neuf essais seulement, souvent de petite taille, et à haut risque de biais dans 89 % des cas. La confiance dans les résultats va de « très faible » à « modérée ». Pour l’insertionnel, on peut conclure avec une bonne assurance à l’absence de bénéfice ; pour le corporéal, la seule conclusion honnête est l’incertitude. De futurs essais rigoureux pourraient affiner le tableau — mais rien, aujourd’hui, ne justifie d’en faire un traitement de routine.
🎯 ConclusionUne rentrée, deux chemins
On peut reprendre les mêmes habitudes — parce qu’« on a toujours fait comme ça ». Ou repartir avec les meilleures connaissances disponibles, et réserver le temps de soin à ce qui a fait ses preuves.
Sur le tendon d’Achille, les ondes de choc n’ont pas passé l’épreuve du placebo. L’exercice, si. Le vrai geste expert n’est pas d’ajouter une machine de plus : c’est de prescrire le bon exercice, de l’expliquer, de le suivre — et de le mesurer. Voilà une résolution de rentrée qui tient.
🔄 Changer de regard
Avant / Maintenant
Les 6 réflexes de la rentrée
- Séparer les localisations. Insertionnel ≠ corporéal : mélanger les deux fausse l’interprétation.
- Poser la bonne question. « Mieux que le placebo », pas « mieux qu’avant ».
- Prioriser l’exercice. Renforcement lourd et progressif : la référence de la tendinopathie d’Achille.
- Informer et décider ensemble. Coût, sécurité, preuves : le patient choisit en connaissance de cause.
- Objectiver. VISA-A (ou VISA-A sédentaire / TENDINS-A), mesuré et suivi dans le temps.
- Sécuriser le suivi. Exercices envoyés en vidéo/photo, progression tracée d’une séance à l’autre.
- Murphy MC, Travers MJ, Chivers P, et al. Efficacy of heavy eccentric calf training for treating mid-portion Achilles tendinopathy. Br J Sports Med. 2019;53:1070–1077.
- van der Vlist AC, Winters M, Weir A, et al. Which treatment is most effective for patients with Achilles tendinopathy? A living systematic review with network meta-analysis of 29 RCTs. Br J Sports Med. 2021;55:249–256.
- Rhim HC, Singh M, Maffulli N, et al. Recommendations for use of extracorporeal shockwave therapy in sports medicine: an international modified Delphi study. Br J Sports Med. 2025;59:1287.
- de Vos RJ, Grävare Silbernagel K, Malliaras P, et al. ICON 2023: the core outcome set for Achilles tendinopathy (COS-AT). Br J Sports Med. 2024;58:1175–1186.
- Murphy MC, Newsham-West R, Cook J, et al. TENDINopathy Severity Assessment – Achilles (TENDINS-A): development and content validity. J Orthop Sports Phys Ther. 2024;54:70–85.
- Norris R, Cook JL, Gaida JE, et al. The VISA-A (sedentary) should be used for sedentary patients with Achilles tendinopathy. Br J Sports Med. 2023;57:1311.
- Robinson JM, Cook JL, Purdam C, et al. The VISA-A questionnaire: a valid and reliable index of the clinical severity of Achilles tendinopathy. Br J Sports Med. 2001;35:335–341.



