Bilan Prévention 18-25 ans : le kinésithérapeute entre en première ligne avec TOHA
Série TOHA « Bilan Prévention » — Épisode 1/4 : la tranche 18-25 ans
Ministère de la Santé · Assurance Maladie · Santé publique France — extension aux kinésithérapeutes au 1er octobre 2026
Léa, 22 ans, étudiante en L3, elle dort 5 h par nuit, écrans jusqu’à 2 h du matin. Score ADRS positif. Le week-end, « soirées » avec 6-7 verres d’affilée. Et depuis l’adolescence, des règles si douloureuses qu’elle rate un jour de cours par mois — jamais explorées : « c’est normal, ma mère aussi ».
Le facteur décisif n’est pas la gravité des symptômes du jour : c’est la précocité du repérage. Le maillon manquant : un temps dédié, structuré, remboursé — c’est exactement ce que devient le Bilan Prévention entre vos mains, avec votre outil métier TOHA.
⚡ Highlights
🎯 Pourquoi ce dispositif change la donne
« Mon Bilan Prévention » est le rendez-vous national de prévention proposé à quatre âges clés : 18-25, 45-50, 60-65 et 70-75 ans. Objectif : faire le point sur les habitudes de vie, repérer les risques tôt et déclencher des changements avant que la maladie ne s’installe.
Jusqu’ici réservé aux médecins, infirmiers, sages-femmes et pharmaciens, le dispositif s’ouvre aux masseurs-kinésithérapeutes à partir du 1er octobre 2026 (annonce de fin juillet 2026). C’est une reconnaissance : le kiné est un professionnel de premier recours, en contact prolongé et répété avec la population — un atout unique en prévention.
Trois chiffres pour comprendre l’enjeu chez les 18-25 ans :
Le point commun ? Ce sont des risques silencieux, dépistables et modifiables — exactement la fenêtre d’action d’un bilan de prévention. Les 18-25 ans ne consultent presque jamais « pour se faire dépister ». C’est pourtant l’âge où tout se joue.
🔬 Le dispositif à la loupe
Le Bilan Prévention est un entretien structuré, pas une consultation de soins.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Durée | 30 à 45 minutes |
| Rémunération | 30 € (gratuit pour le patient, pris en charge à 100 %) |
| Tranches d’âge | 18-25 / 45-50 / 60-65 / 70-75 ans |
| Fréquence | Un bilan par personne et par tranche d’âge |
| Autoquestionnaire | En amont via « Mon espace santé » ou papier (facultatif) |
| Livrable | Plan Personnalisé de Prévention (PPP) |
| Transmission | Au médecin traitant, avec l’accord du patient |
Ce que ce bilan est — et ce qu’il n’est pas.
✅ Un temps d’écoute, de repérage et d’orientation, qui aboutit à 1-2 priorités partagées et à un PPP.
❌ Ni une consultation de soins, ni un diagnostic médical, ni un acte de kinésithérapie facturable en sus.
➡️ En cas de besoin de soins suspecté : orientation vers le médecin traitant. Les modalités propres aux kinés (code de facturation, déclaration comme effecteur) sont à vérifier sur ameli.fr, santé.fr et auprès du CNOMK au moment du lancement.
📊 Données clés pour votre pratique
- Santé mentale. 62,5 % des troubles mentaux débutent avant 25 ans (Solmi 2022). C’est LA priorité de cette tranche d’âge, avec une détresse psychique des jeunes en hausse depuis la pandémie (baromètres Santé publique France).
- Sommeil. 55,6 % des étudiants dorment mal, 6,5 h/nuit en moyenne (Jahrami 2023). La dette de sommeil pèse sur l’humeur, le métabolisme et le risque de blessure.
- Activité physique. L’inactivité mondiale progresse : 31,3 % des adultes insuffisamment actifs en 2022 vs 23,4 % en 2000 (Strain, Lancet Glob Health 2024). L’entrée dans la vie adulte est un décrochage majeur.
- Addictions. L’âge médian de début des troubles liés au cannabis se situe entre 17 et 22 ans, celui des troubles liés à l’alcool vers 25-27 ans (Solmi 2022) : la fenêtre 18-25 est décisive.
- Santé de la femme. Endométriose : jusqu’à 10 % des femmes, retard diagnostique de 5 à 12 ans, souvent 3 cliniciens consultés avant le diagnostic (As-Sanie 2025).
Retour sur Léa. Sommeil à 5 h, binge drinking, ADRS positif, dysménorrhée invalidante : quatre signaux, quatre trajectoires évitables.
🧪 Évaluation clinique — ce qui est validé
L’examen du Bilan 18-25 ans mobilise des outils simples, standardisés et rapides. Ils repèrent, ils ne diagnostiquent pas : un score positif déclenche une orientation, pas une étiquette !
| Outil | Ce qu’il cible | Seuils / conduite à tenir |
|---|---|---|
| IMC | Surpoids, obésité, dénutrition | < 18,5 dénutrition · ≥ 25 surpoids · ≥ 30 obésité |
| Pression artérielle (HAS) | HTA du jeune adulte | Repos 3-5 min, brassard adapté, 2 mesures ; orienter si élevée |
| Acuité visuelle | Trouble visuel non corrigé | Échelle simple ; orienter si baisse |
| Voix chuchotée | Déficit auditif | Orienter si mot non répété |
| FACE | Consommation d’alcool | H < 5 / F < 4 : renforcement · H 5-8 / F 4-8 : intervention brève · > 8 : addictologie |
| Fagerström simplifié | Dépendance tabagique | 0-1 pas de dépendance · 2-3 modérée · 4-6 forte |
| CAST | Usage de cannabis | 1 rép. : information · 2 : intervention brève · ≥ 3 : addictologie |
| ADRS (18-20 ans) | Dépression du jeune | 0-3 absence · ≥ 4 souffrance psychologique · ≥ 7 dépression probable |
| HAD (≥ 20 ans) | Anxiété / dépression | ≤ 7 absence · 8-10 douteuse · ≥ 11 certaine |
Le test à retenir : la pression artérielle bien mesurée.
C’est le geste le plus banal et le plus mal fait. Repos réel de 3-5 min, brassard adapté, deux mesures. Dans la cohorte CARDIA, la variabilité tensionnelle systolique dès la vingtaine était associée à un sur-risque d’événement cardiovasculaire (HR 1,23 ; IC 95 % 1,07-1,43) et de mortalité toutes causes (HR 1,24), indépendamment de la PA moyenne (Yano, JAMA Cardiol 2020).
🗺️ Le déroulé en 3 étapes — structuré, pas improvisé
-
1
Repérage à partir du questionnaire envoyé sur TOHA
Autoquestionnaire (rempli en amont sur votre outil métier TOHA) + examen clinique. On balaie : antécédents, habitudes de vie (alimentation, activité physique, addictions, exposition IST, risque de grossesse non désirée), bien-être mental et social (sommeil, vie affective, statut d’aidant, conditions d’étude/travail, repérage des violences), environnement (perturbateurs endocriniens, bruit, pollution).
-
2
Priorisation motivationnelle
On ne traite pas tout : on choisit avec le patient 1 à 2 sujets prioritaires. C’est le cœur de l’entretien motivationnel : questions ouvertes, écoute réflexive, valorisation, balance décisionnelle, stades du changement (Prochaska).
-
3
Plan Personnalisé de Prévention (PPP)
Rédaction partagée : priorités, freins, actions concrètes, ressources et orientations. Transmission au médecin traitant. Orientation immédiate vers le médecin si un besoin de soins est suspecté.
Pourquoi l’approche partagée bat la posture d’expert.
L’entretien motivationnel intégré à une intervention comportementale augmente réellement l’activité physique : +1 323 pas/jour (SMD 0,45) et +95 min/semaine d’activité modérée à vigoureuse, sur 97 essais randomisés (Zhu, BMJ 2024). Nuance : l’effet s’atténue au-delà d’un an. Le conseil unique ne suffit pas — il faut du suivi et de la répétition, précisément là où le kiné excelle.
💪 L’architecture : 5 « streams » de santé des 18-25 ans
🧠 La clé que tout le monde néglige : la souffrance psychique
Le kiné voit ses patients longtemps (30-45 min) et souvent (plusieurs séances). C’est un cadre unique pour capter ce qu’une consultation pressée ne voit pas : un ralentissement, un isolement, des propos inquiétants, des signes de violences ou de maltraitance.
Or 62,5 % des troubles mentaux débutent avant 25 ans (Solmi 2022), et le repérage précoce améliore le pronostic. Le suicide figure parmi les toutes premières causes de décès des jeunes adultes (Santé publique France, OMS). Concrètement :
- Utiliser l’ADRS (18-20 ans) ou la HAD (≥ 20 ans) comme outils de repérage.
- En cas de souffrance : orienter vers le médecin traitant et/ou un psychologue/psychiatre.
- Connaître et transmettre le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24h/24, 7j/7).
Vous n’êtes pas psychiatre. Mais vous pouvez être celui qui a remarqué, écouté et orienté.
✅ Les 7 changements à mettre en place dès le 1er octobre
-
1
Se déclarer effecteur
Via les canaux officiels (santé.fr / ameli). Vérifiez la procédure spécifique aux kinésithérapeutes dès la parution des textes — les créneaux des premiers mois seront très demandés.
-
2
Se former à l’entretien motivationnel
C’est LA compétence qui fait la différence : efficacité démontrée sur le changement de comportement (Zhu, BMJ 2024).
-
3
S’équiper
Tensiomètre électronique validé + brassards de plusieurs tailles, et versions imprimées des échelles ADRS, HAD, FACE, Fagerström, CAST (déjà dans votre outil métier).
-
4
Construire son annuaire local de réorientation
Médecins traitants, psychologues/psychiatres, CJC, gynécologues/sages-femmes, CeGIDD, diététiciens, dentistes, Maisons Sport-Santé, ligne 3114. Un bilan sans aval organisé perd sa valeur.
-
5
Intégrer l’autoquestionnaire au parcours patient
Envoyez-le en amont via votre outil métier (TOHA : pré-remplissage du bilan par le patient avant la séance et remplissage de son auto-questionnaire) : vous gagnez 20 minutes le jour J et le PPP se structure tout seul.
-
6
Bloquer un créneau dédié de 30-45 min
Le Bilan Prévention ne se fait pas « entre deux ». Un créneau propre = un entretien de qualité + une facturation propre (30 €, sans acte en sus).
-
7
Formaliser la transmission au médecin traitant
Le PPP n’a de valeur que s’il circule (messagerie sécurisée, DMP / Mon espace santé déjà disponible dans TOHA) et déclenche, si besoin, une prise en charge médicale.
🎯 Conclusion — un changement de paradigme
Le message essentiel. Le Bilan Prévention fait entrer le kinésithérapeute dans la prévention primaire organisée. Chez les 18-25 ans, votre valeur ajoutée n’est pas de tout soigner — c’est de repérer tôt, motiver, et orienter juste, sur des risques (santé mentale, addictions, TCA, endométriose, sédentarité) que personne d’autre ne capte à cet âge. Vous êtes le soignant qui voit ces jeunes longtemps et souvent : servez-vous-en.
Limites à garder en tête
- Le dispositif « Mon Bilan Prévention » n’est pas encore évalué sur la morbi-mortalité : son bénéfice populationnel reste à démontrer.
- Un dépistage sans aval organisé peut générer anxiété, faux positifs et sur-médicalisation.
- Les échelles (ADRS, HAD, FACE, CAST, SCOFF) repèrent, elles ne diagnostiquent pas.
- Le périmètre de compétence du kiné doit être respecté : pas de prescription médicamenteuse, pas de diagnostic médical.
- La coordination avec le médecin traitant est indispensable et conditionne l’efficacité du PPP.
- Les modalités réglementaires propres aux kinés (facturation, déclaration) sont à vérifier sur les sources officielles avant le lancement.
- 1. Ministère de la Santé, Assurance Maladie, Santé publique France. Mon Bilan Prévention — livret de présentation et autoquestionnaire 18-25 ans. monbilanprevention.sante.gouv.fr. Textes relatifs à l’extension aux masseurs-kinésithérapeutes (application au 1er octobre 2026) — vérifier la version en vigueur.
- 2. Haute Autorité de Santé. Mesure de la pression artérielle ; repérage précoce et intervention brève (alcool, cannabis, tabac) ; échelle HAD ; ADRS. has-sante.fr.
- 3. Solmi M, Radua J, Olivola M, et al. Age at onset of mental disorders worldwide: large-scale meta-analysis of 192 epidemiological studies. Mol Psychiatry. 2022;27(1):281-295. PMID 34079068. doi:10.1038/s41380-021-01161-7
- 4. Santé publique France. Baromètres santé — santé mentale des jeunes adultes et étudiants. santepubliquefrance.fr.
- 5. Jahrami H, Binjabr MA, Alalawi IS, et al. The worldwide prevalence of sleep problems among medical students. Curr Sleep Med Rep. 2023;9:1-19. PMID 37359215. doi:10.1007/s40675-023-00258-5
- 6. Singh B, Olds T, Curtis R, et al. Effectiveness of physical activity interventions for improving depression, anxiety and distress: an overview of systematic reviews. Br J Sports Med. 2023;57(18):1203-1209. PMID 36796860. doi:10.1136/bjsports-2022-106195
- 7. Strain T, Flaxman S, Guthold R, et al. National, regional, and global trends in insufficient physical activity among adults 2000-2022: pooled analysis of 507 surveys, 5.7 million participants. Lancet Glob Health. 2024;12(8):e1232-e1243. PMID 38942042. doi:10.1016/S2214-109X(24)00150-5
- 8. Guthold R, Stevens GA, Riley LM, Bull FC. Global trends in insufficient physical activity among adolescents: pooled analysis of 298 surveys, 1.6 million participants. Lancet Child Adolesc Health. 2020;4(1):23-35. PMID 31761562. doi:10.1016/S2352-4642(19)30323-2
- 9. Harris SK, Louis-Jacques J, Knight JR. Screening and brief intervention for alcohol and other abuse. Adolesc Med State Art Rev. 2014;25(1):126-156. PMID 25022191
- 10. OFDT (enquête ESCAPAD) ; Santé publique France (Baromètre santé). Données françaises alcool, tabac, cannabis chez les jeunes adultes. ofdt.fr · santepubliquefrance.fr.
- 11. As-Sanie S, Mackenzie SC, Morrison L, et al. Endometriosis: A Review. JAMA. 2025;334(1):64-78. PMID 40323608. doi:10.1001/jama.2025.2975
- 12. Silén Y, Keski-Rahkonen A. Worldwide prevalence of DSM-5 eating disorders among young people. Curr Opin Psychiatry. 2022;35(6):362-371. PMID 36125216. doi:10.1097/YCO.0000000000000818
- 13. Santé publique France. Surveillance des infections à Chlamydia trachomatis et à gonocoque. santepubliquefrance.fr.
- 14. Zhu S, Sinha D, Kirk M, et al. Effectiveness of behavioural interventions with motivational interviewing on physical activity outcomes in adults: systematic review and meta-analysis. BMJ. 2024;386:e078713. PMID 38986547. doi:10.1136/bmj-2023-078713
- 15. Yano Y, Reis JP, Lewis CE, et al. Association of blood pressure patterns in young adulthood with cardiovascular disease and mortality in middle age (CARDIA). JAMA Cardiol. 2020;5(4):382-389. PMID 31968050. doi:10.1001/jamacardio.2019.5682
Article rédigé pour le blog scientifique TOHA (toha.care) — Série « Mon Bilan Prévention », épisode 1/4. Prochain épisode : la tranche 45-50 ans.
Références identifiées via PubMed (PMID/DOI vérifiés). Les chiffres français spécifiques et les modalités réglementaires kinés sont à confirmer sur les sources institutionnelles avant publication.



