Tendinopathie d’Achille : votre explication peut immédiatement augmenter la douleur
Travers et al., Brazilian J Physical Therapy, 2025 · Essai randomisé · 50 coureurs
Jean, 45 ans, coureur loisir. Douleur au tendon d’Achille persistante depuis plusieurs mois. Lors d’une précédente consultation, on lui montre son échographie et on lui parle de « dégénérescence tendineuse chronique ». Depuis, il craint de sauter ou courir sur terrain dur.
Et si c’était notre façon d’expliquer les choses qui était en cause ?
⚡ Highlights
🔬 Méthodologie
Essai clinique randomisé, deux groupes parallèles, double aveugle (participants et analystes). 50 coureurs avec tendinopathie d’Achille (VISA-A < 80). Tests pré- et post-intervention sur douleur à l’effort (sauts), raideur du membre inférieur et temps de retour à l’état basal.
📊 Ce que les deux groupes ont entendu — et ce qu’ils ont ressenti
📈 Résultats détaillés
Douleur VAS
Différence ajustée : −12,3 mm en faveur du groupe fonctionnel
[IC 95 % : 3,2 → 21,5] — statistiquement significatif
Stiffness membre inf.
Groupe fonctionnel : 12 178 Nm⁻¹
Groupe pathologique : 10 280 Nm⁻¹
+1 546 Nm⁻¹ — tendance positive, incertitude statistique
Time-to-Ease
Aucune différence entre les groupes.
Médiane : 10 s dans chaque groupe.
Anticipation douleur
Prédiction avant les sauts : 36,3 vs 37,0 mm
diff. = 0,6 mm — pas de différence significative
Les attentes de douleur étaient identiques dans les deux groupes — mais la douleur réellement ressentie était significativement plus faible dans le groupe ayant reçu l’explication fonctionnelle. Le langage agit en dehors des attentes conscientes.
Cela renforce les modèles bayésiens de la douleur : la perception est un calcul probabiliste entre sensation, attentes et contexte.
Le langage est une intervention à part entière — comme le sont les exercices.
🏥 Ce que vous pouvez appliquer dès demain au cabinet
-
1
Changer le discours sur le tendon
✗ « tendon abîmé / dégénéré / usé »
✓ « tendon sensible » ✓ « victime d’un déséquilibre en amont »
« Le tendon réagit parce que les muscles ne l’ont pas suffisamment soutenu — c’est corrigeable. » -
2
Standardiser vos explications
Créez des scripts prêts à l’emploi pour chaque pathologie courante. Utilisez des visuels positifs : tendons actifs, sportifs en mouvement — pas des schémas de déchirures.
-
3
Renforcer l’agentivité du patient
Valorisez la capacité du tendon à s’adapter. Décrivez une stratégie de rechargement progressive — le patient n’est pas passif, il agit sur son tendon.
-
4
Intégrer la compréhension du diagnostic dans le bilan
Demandez au patient comment il comprend son diagnostic. Repérez les croyances catastrophistes et reformulez dès la première séance.
-
5
Prévoir des consultations d’éducation ciblées
Une séance dédiée à l’explication — sans exercice, juste du langage — peut avoir un effet thérapeutique direct et mesurable sur la douleur.
Parlez de « tendon sensible » plutôt que « tendon abîmé ». Ce seul changement de mot peut réduire immédiatement la douleur de votre patient lors des premiers exercices.
Dans TOHA : intégrez dans vos bilans la façon dont le patient comprend son diagnostic. Partagez vos scripts sur la communauté TOHA pour enrichir les pratiques de tous.
Vos explications réduisent-elles la douleur… ou l’augmentent-elles ?
Accédez à votre espace TOHA pour créer vos scripts d’explication et transformer votre communication clinique en intervention thérapeutique.



