Dénutrition du sujet âgé : dépister, diagnostiquer, agir
Cruz-Jentoft & Volkert — New England Journal of Medicine, 2025
Mme R., 85 ans, revient après une chute. Malgré vos efforts en renforcement et équilibre, elle fatigue vite, se désintéresse des repas, a perdu 4 kg, prend plusieurs traitements et vit seule. Son IMC est à 21.
⚡ Points clés
🏋 Introduction
La malnutrition chez les personnes âgées affecte entre 22 % et 50 % des patients selon le contexte de soins. Elle se traduit par une perte de poids, une diminution de la masse musculaire, un déclin fonctionnel et une vulnérabilité accrue aux complications médicales.
Chez le sujet âgé, la malnutrition résulte d’un enchêvêtrement de facteurs : modifications physiologiques, maladies chroniques inflammatoires, polymédicaion, troubles cognitifs, isolement social et altération de l’accès à la nourriture.
Pour le kinésithérapeute, intégrer la dénutrition dans l’évaluation fonctionnelle n’est plus optionnel : c’est une condition préalable à un traitement pertinent et durable.
🧪 Méthode
Article publié dans le New England Journal of Medicine (Cruz-Jentoft & Volkert, 2025), s’appuyant sur les critères GLIM validés en 2019, les recommandations ESPEN, des données épidémiologiques multi-pays et le modèle DoMAP (Determinants of Malnutrition in Aged People).
📊 Étiologie : les causes de la dénutrition
Physiologique
Appétit diminué (anorexie du vieillissement), altération olfactive et gustative, satiété précoce.
Fonctionnelle
Douleurs buccales, prothèses inadaptées, dysphagie fréquemment liée à un AVC, une démence ou la maladie de Parkinson.
Psychologique & sociale
Dépression (cause majeure), troubles cognitifs, isolement, pauvreté, deuil, régimes restrictifs inadaptés.
Médicale & iatrogène
Cancer, insuffisance cardiaque, maladies inflammatoires, polymédicaion (nausées, anorexie, altération du goût).
🧪 Diagnostic en 2 étapes
Étape 1 Dépistage — MNA-SF (6 questions)
Perte d’appétit, poids, mobilité, stress aigu, cognition, IMC.
Étape 2 Confirmation — Critères GLIM
1 critère phénotypique (perte de poids, IMC bas, masse musculaire faible) ET 1 critère étiologique (apport insuffisant ou inflammation).
Seuils spécifiques chez les +70 ans : IMC < 22 = dénutrition ; IMC < 20 = sévère.
| Critères phénotypiques | Critères étiologiques | Sévérité |
|---|---|---|
| Perte de poids ≥ 5 % en 1 mois ou ≥ 10 % en 6 mois | Réduction apports ≥ 50 % pendant > 1 semaine | Perte ≥ 10 % en 1 mois ou ≥ 15 % en 6 mois |
| IMC < 22 kg/m² | Maldigestion ou malabsorption | IMC < 20 kg/m² |
| Sarcopénie confirmée | Pathologie aiguë, chronique ou maligne évolutive | Albuménémie ≤ 30 g/L |
Diagnostics différentiels : sarcopénie (perte de masse + force → test de préhension recommandé), cachéxie (inflammation sévère, peu réversible par l’alimentation), perte pondérale volontaire (régimes restrictifs inadaptés).
🥕 Recommandations nutritionnelles
| Élément | Recommandation |
|---|---|
| Énergie | 30 kcal/kg/j |
| Protéines | ≥ 1,0 g/kg/j (jusqu’à 1,5 g/kg/j en cas de fragilité) |
| Vitamine D | 1 000 UI/j si risque de carence |
| Apports minimums | Complémentation nécessaire si < 1 500 kcal/j |
Les compléments nutritionnels oraux ont démontré une amélioration significative des résultats fonctionnels (essai EFFORT, n = 2 000 patients, âge moyen 76 ans).
✅ Conclusion
Chez les personnes âgées, la dénutrition est un frein silencieux à la récupération. Le dépistage est simple, rapide et à la portée du kinésithérapeute. Une action précoce — adaptation du soin, orientation, sensibilisation — améliore l’autonomie, réduit les risques et valorise votre pratique.
🔧 Changements à mettre en place au cabinet
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1
Intégrer systématiquement le dépistage
Utilisez le MNA-SF dans vos bilans initiaux avec tout patient de plus de 70 ans.
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2
Rechercher les causes selon le modèle DoMAP
Identifiez les facteurs directs, intermédiaires et systémiques pour chaque patient afin de structurer votre raisonnement clinique.
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3
Adapter le suivi kiné
Surveiller le poids et l’IMC. Intégrer des exercices de force et de charge progressive. Rester vigilant à la fatigue, l’état mental et la déshydratation.
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4
Collaborer activement
Contacter le médecin si un risque est identifié. Orienter vers un diététicien. Suggérer une supplémentation si indiquée.
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5
Surveiller l’évolution
Pesée régulière, revue des traitements, évolution du comportement alimentaire à chaque séance.
Haute Autorité de Santé, Fédération Française de Nutrition. Diagnostic de la dénutrition chez la personne de 70 ans et plus. HAS, 2021.



