Pour la première fois, des chercheurs ont fait l’inventaire de plus de 3 000 protéines du muscle humain avant une pause d’entraînement, à son terme, puis après la reprise. Verdict : une partie s’efface, une autre reste. De quoi changer la façon dont nous parlons des pauses à nos patients.

Essai contrôlé randomisé — analyse secondaire. Hulmi JJ, Halonen EJ, Sharples AP, et al. The Journal of Physiology. 2025;603(9):2655–2673. doi:10.1113/JP288104
🏥 Le cas clinique qui interpelle

Claire, 52 ans, secrétaire médicale, consulte en mars pour une gonarthrose fémoro-tibiale médiale du genou droit. Vous mettez en place ce que recommandent toutes les guidelines : un programme de renforcement progressif du quadriceps et des fessiers, deux séances par semaine. Dix semaines plus tard, le bilan est encourageant : la douleur a baissé, la montée des escaliers est redevenue fluide, et sa force à la presse a progressé d’environ 20 %.

Puis vient l’été. Les vacances, la garde des petits-enfants, un déménagement. Dix semaines sans le moindre exercice. Mi-septembre, Claire revient au cabinet, découragée :

« J’ai tout perdu. Tout est à refaire. De toute façon, le sport, ce n’est pas pour moi. »

👉 Ce que vous allez répondre dans les trente secondes qui suivent peut décider de la suite de sa prise en charge. Et si la physiologie vous permettait de lui dire, chiffres à l’appui, ce qu’elle a vraiment perdu, ce qu’elle a gardé… et à quelle vitesse elle va le récupérer ?

C’est précisément la question explorée par l’équipe finlandaise de Juha Hulmi (Université de Jyväskylä), dans une étude publiée en 2025 dans The Journal of Physiology [1]. Pour y répondre, les chercheurs sont allés regarder là où personne ne l’avait encore fait chez l’humain : au niveau des protéines du muscle.

⚡ À retenir en 30 secondes

🧬Pour la première fois chez l’humain, une possible « mémoire » de l’entraînement en force est observée au niveau des protéines du muscle : après 10 semaines d’arrêt complet, une partie des protéines augmentées par l’entraînement reste élevée.
⚡Ce qui s’efface revient avec la reprise : les protéines de la « centrale énergétique » (métabolisme aérobie, mitochondries) retombent à leur niveau de départ pendant la pause… et remontent après la reprise.
🏗️Ce qui reste, c’est la « charpente » : des protéines de la contraction, du cytosquelette et de la signalisation calcique — parmi elles, la calpaïne-2, dont le gène est déjà connu pour sa mémoire épigénétique.
💪Après 10 semaines d’arrêt, le gain de taille du muscle a presque disparu (+16 % → +3,9 %), mais les trois quarts du gain de force sont conservés (+20,8 % → +15,4 %).
🔁À 30 semaines, à quantité d’entraînement égale (20 semaines chacun), le groupe « pause » ne présente pas de différence significative de taille ni de force avec le groupe « continu ».
🗣️Message patient : « Une pause n’efface pas tout. Vous ne repartez pas de zéro, et ce qui a été perdu revient plus vite que la première fois. »

📖 Introduction : mythe de salle de sport ou réalité biologique ?

Tous les sportifs connaissent l’expression : « le muscle a de la mémoire ». Après une blessure, une grossesse ou une longue coupure, la force et la masse musculaire semblent revenir bien plus vite qu’elles n’avaient été acquises. Pendant longtemps, la science a attribué ce phénomène au seul système nerveux : on « réapprend » vite un geste qu’on a déjà maîtrisé [6].

Depuis une quinzaine d’années, les physiologistes cherchent une trace de cette mémoire dans le muscle lui-même. Deux pistes ont émergé [2] :

A La piste des noyaux

Chez l’animal, la surcharge mécanique (ou la testostérone) ajoute des noyaux aux fibres musculaires, et ces noyaux persistent souvent quand le muscle fond [6,7] — mais pas dans tous les muscles ni dans tous les modèles [8,11]. Chez l’humain, le débat reste ouvert : une méta-analyse d’études humaines et animales (147 articles) conclut que, chez l’humain, ils se perdent lors de l’atrophie et du vieillissement [11], alors qu’une étude de 2024 observe au contraire leur maintien après 16 semaines d’arrêt [10].

B La piste épigénétique

En 2018, l’équipe d’Adam Sharples montre que le muscle humain conserve, après une pause, des « marques » chimiques sur certains gènes activés par la musculation [3], un travail prolongé en 2019 [4]. Un résultat retrouvé plus récemment après un entraînement fractionné à haute intensité [5].

Il manquait pourtant un étage : celui des protéines, c’est-à-dire des éléments qui font réellement le travail dans la fibre. Une marque sur l’ADN n’a de valeur que si elle se traduit par du « matériel » concret. C’est ce chaînon manquant qu’ont exploré Hulmi et al. [1].

💡

Pourquoi un kiné devrait s’y intéresser ? Parce que nos patients vivent des pauses en permanence : vacances, maladie, blessure, chirurgie, hospitalisation, fin de prise en charge. Comprendre ce qui se perd, ce qui se garde et ce qui se récupère, c’est mieux programmer — et mieux parler.

🧠 Physiologie express : la mémoire musculaire en 4 images

Pas besoin d’être biologiste moléculaire pour comprendre cette étude. Quatre images suffisent.

1La fibre musculaire, une usine géante aux centaines de chefs d’atelier

Une fibre musculaire n’est pas une cellule ordinaire. C’est un long tube qui peut mesurer plusieurs centimètres et qui contient non pas un, mais des centaines de noyaux, alignés sous sa membrane.

Imaginez un immense hangar industriel avec, tout le long, des bureaux de chefs d’atelier : chaque chef gère la portion d’usine qui l’entoure (c’est le domaine myonucléaire). Pour agrandir l’usine — faire grossir la fibre — il faut souvent recruter de nouveaux chefs : ce sont les cellules satellites, les cellules souches du muscle, qui fournissent ces nouveaux noyaux [2].

2Des plans aux ouvriers : ADN, post-it et protéines

Dans chaque bureau se trouve la même bibliothèque de plans : l’ADN. Mais un plan rangé dans un tiroir ne construit rien. Pour agir, le chef d’atelier en tire une photocopie de chantier (l’ARN), à partir de laquelle l’usine fabrique ses ouvriers et ses machines : les protéines. Ce sont elles qui se contractent (actine, myosine), produisent l’énergie (enzymes mitochondriales), réparent, démontent et reconstruisent.

L’épigénétique, ce sont les post-it collés sur les plans : « page à consulter souvent », ou au contraire « page à laisser fermée ». L’entraînement modifie ces post-it sur certaines pages (techniquement, il diminue la méthylation de l’ADN de certains gènes), et ces post-it peuvent rester en place des mois après l’arrêt [3].

Le protéome, enfin, c’est l’inventaire complet du personnel et du matériel présents dans l’usine à un instant donné. C’est cet inventaire que Hulmi et al. ont dressé quatre fois de suite, chez les mêmes personnes.

3Les quatre « tiroirs » de la mémoire musculaire

Le muscle dispose donc, potentiellement, de plusieurs tiroirs où ranger la trace de l’entraînement :

🧠
Le savoir-faire

Le système nerveux a appris à recruter et coordonner les fibres. Il explique une grande part des gains de force et semble durable [9].

Solide
🏢
Les chefs d’atelier

L’entraînement ajoute des noyaux. Restent-ils après l’arrêt ? Souvent chez l’animal, pas toujours [6–8] ; débattu chez l’humain [10,11].

Débattu chez l’humain
📌
Les post-it

Des marques épigénétiques sur les gènes de l’entraînement persistent après l’arrêt [3–5].

Observé chez l’humain (petits effectifs)
🔧
Le matériel

Une partie des protéines produites par l’entraînement reste en place après 10 semaines d’arrêt.

Nouveau — Hulmi 2025

4Chaque protéine a une date de péremption

Les protéines ne sont pas éternelles : elles sont en permanence détruites et remplacées. Certaines vivent quelques jours, d’autres plusieurs semaines (environ 10 jours en moyenne dans le muscle de souris, rappellent les auteurs [1]). Quand l’entraînement s’arrête, l’usine cesse de commander certaines pièces : celles qui s’usent vite disparaissent vite. Gardez cette image en tête, c’est la clé de lecture des résultats.

🔬 L’étude : ce qui a été réellement testé

Il s’agit de l’analyse secondaire d’un essai contrôlé randomisé finlandais (ClinicalTrials.gov NCT05553769), dont les résultats de force et de volume avaient été publiés en 2024 [12].

30
adultes sains de 18 à 40 ans, non entraînés
2/sem.
séances supervisées, corps entier
4
biopsies du vaste latéral par personne
≈ 3 100
protéines quantifiées au total

Deux groupes, tirés au sort :

Groupe « pause »n = 17
Entraînementsem. 0 → 10
Arrêt completsem. 10 → 20
Reprisesem. 20 → 30
Groupe « continu »n = 13 (11 jusqu’au bout)
Période contrôlesans entraînement
Entraînement continu — 20 semainessem. 10 → 30
  • Le programme : presse à cuisses, leg extension, développé couché, curl biceps et tirage assis ; 3 à 4 séries de 8 à 10 répétitions, en gardant 1 à 2 répétitions « en réserve » (dernière série de la 2ᵉ séance hebdomadaire menée jusqu’à l’échec), avec ajustement des charges chaque semaine.
  • La pause : consigne de garder son mode de vie habituel, sans aucun entraînement en force ou en endurance — vérifié par questionnaire et par un contact à mi-parcours.
  • Les mesures : biopsie du vaste latéral au repos, environ 6 jours après la dernière séance (pour ne pas confondre adaptation durable et effet aigu de la séance ; environ 3 jours pour le groupe continu à la semaine 20, afin de ne pas interrompre son entraînement), aux semaines 0, 10, 20 et 30 ; taille du muscle (section transversale du vaste latéral) par échographie ; force maximale à la presse (1RM).
  • L’analyse : spectrométrie de masse de dernière génération (dia-PASEF). Une protéine n’est considérée comme modifiée que si elle varie d’au moins 20 %, avec un taux de fausses découvertes contrôlé à 5 % (FDR) — indispensable quand on teste 3 000 protéines en même temps.
Schéma de l'étude Hulmi et al. 2025 : protocole, analyse protéomique et protéines réversibles ou retenues
Figure 1 — L’étude en une image. RT = entraînement en force ; No RT = pause. À gauche, le protocole et les biopsies ; au centre, l’analyse de plus de 3 000 protéines ; à droite, les deux grandes familles de résultats : protéines « réversibles » (métabolisme oxydatif) et protéines « retenues » (liaison du calcium, calpaïne-2, CBR1, contraction et cytosquelette). Reproduit de Hulmi et al., J Physiol 2025 [1], article en accès ouvert sous licence Creative Commons Attribution (CC BY).

📊 Résultats : ce que révèle l’inventaire

1 L’entraînement remodèle le muscle… de façon reproductible

Après les 10 premières semaines, 150 protéines ont significativement changé, dont 93 % à la hausse : métabolisme énergétique (aérobie et glycolytique), cytosquelette, chaperons (les « contrôleurs qualité » qui aident les protéines à prendre leur forme) et maturation des protéines. Pendant la même durée sans entraînement, le groupe contrôle n’a vu bouger que 3 protéines.

Mieux : la seconde période d’entraînement a reproduit la première. Deux tiers des protéines modifiées après la première période l’étaient aussi après la seconde, et aucune protéine ne différait entre la fin de l’une et la fin de l’autre. À stimulus identique, une réponse en grande partie identique.

2 Pendant la pause : quatre familles de protéines

Les auteurs ont suivi la trajectoire des 285 protéines modifiées à au moins un moment de l’étude, puis les ont regroupées selon leur profil d’évolution (méthode des cartes auto-organisatrices, ou SOM). Quatre familles se dessinent :

Quatre familles de protéines : freinées, élastiques, ressorts et mémorisées
Figure 2 — Les quatre familles de protéines dans le groupe « pause ». Schéma simplifié réalisé par TOHA d’après la Figure 4B de Hulmi et al. [1] (profils moyens standardisés). Les noms des familles sont les nôtres, à visée pédagogique.

Les « élastiques » et les « ressorts » (57 % des protéines) suivent l’entraînement à la trace : ils montent, redescendent quand on arrête, remontent quand on reprend. Les « mémorisées » (28 %) font exception : une fois installées, elles restent.

3 Ce qui s’efface : la centrale énergétique

Les protéines qui reviennent complètement à leur niveau de départ appartiennent surtout au métabolisme aérobie : cycle de Krebs, chaîne respiratoire mitochondriale, enzymes liées au NAD — comme la NAMPT, enzyme clé de la production de NAD⁺, indispensable à la production d’énergie du muscle. Point commun avancé par les auteurs : ce sont surtout des enzymes, réputées avoir une durée de vie courte (elle n’a pas été mesurée ici).

Quand l’usine tourne au ralenti, la centrale électrique réduit ses effectifs… et réembauche quand les commandes reviennent.

Ce résultat colle avec ce que l’on sait du désentraînement : la capacité oxydative du muscle et la VO₂max chutent rapidement à l’arrêt, alors que la force décline beaucoup plus lentement [13].

4 Ce qui reste : la charpente et l’équipe de chantier

À l’inverse, les protéines « mémorisées » sont surtout impliquées dans la liaison du calcium, la contraction musculaire et le cytosquelette (l’échafaudage interne de la fibre). Avec les critères statistiques les plus stricts, 4 protéines (CBR1, ME2, S100A13 et FSCN1) restent significativement élevées après 10 semaines d’arrêt ; avec des critères plus larges, classiques en recherche exploratoire, on en compte 29 à 81 selon la méthode. Deux d’entre elles retiennent l’attention des auteurs :

🛡️
CBR1 — l’équipe anti-rouille

Enzyme antioxydante (carbonyl réductase 1) qui neutralise des molécules toxiques issues du stress oxydatif. C’est la protéine dont la hausse est la plus robuste de toute l’étude après la première période, et elle reste élevée après la pause. Elle participerait à la régénération des cellules musculaires [1].

🔨
Calpaïne-2 — l’équipe de rénovation

Enzyme activée par le calcium qui démonte certaines structures de la fibre pour permettre leur reconstruction (remodelage). Son gène (CAPN2) fait partie des rares gènes à « mémoire épigénétique » identifiés après la musculation et le fractionné [1,5]. Ici, la protéine elle-même tend à rester élevée après la pause — tout comme sa sous-unité régulatrice — avec un seuil statistique élargi (FDR < 10 %).

L’image est parlante : quand le chantier s’arrête, on licencie les intérimaires de la centrale énergétique, mais on laisse les échafaudages montés et l’équipe de rénovation sur place. De quoi redémarrer plus vite. Attention toutefois : c’est l’hypothèse des auteurs, pas encore une démonstration (voir « Niveau de preuve »). À noter aussi : une seule protéine reste durablement abaissée (LRPAP1), et son rôle dans le muscle est encore inconnu.

5 Et sur le terrain ? La taille s’en va, la force résiste

Pendant les 10 semaines d’arrêt, la section du vaste latéral perd l’essentiel de son gain, alors que la force à la presse en conserve environ les trois quarts.

Taille du muscle
+16 %→+3,9 %
gain presque effacé
Force (1RM presse)
+20,8 %→+15,4 %
≈ ¾ du gain conservés
Évolution de la taille du muscle et de la force dans les groupes pause et continu
Figure 3 — Évolution de la taille du muscle (section transversale du vaste latéral) et de la force (1RM à la presse) dans les deux groupes. Moyennes issues du Tableau 1 de Hulmi et al. [1] ; graphique réalisé par TOHA. Zone mauve : pause de 10 semaines du groupe « pause ».

Puis tout revient très vite : dans l’essai principal, les cinq premières semaines de reprise ont produit des gains de force et de taille musculaire plus rapides que les cinq premières semaines d’entraînement du groupe continu [12]. À 30 semaines, à quantité d’entraînement égale, aucune différence significative entre les deux groupes, ni en taille, ni en force, ni au niveau des protéines. Sur la taille, l’écart numérique de ce sous-groupe (+19,4 % contre +27,4 %) n’est pas significatif ; sur la force, les courbes se rejoignent (+29,7 % contre +28,6 %), et l’essai principal, sur 42 participants, aboutit à la même conclusion [12].

🎯

Lecture clinique : regagner va plus vite que gagner. Le phénomène a déjà été décrit chez des hommes jeunes avec des pauses de 3 semaines [14], et chez l’homme âgé : après 12 semaines d’arrêt, moins de 8 semaines de reprise suffisaient pour retrouver la force maximale [15]. Dans une autre étude, la force restait encore nettement au-dessus du niveau initial après 20 semaines d’arrêt — signature probable du « savoir-faire » nerveux [9].

6 Bonus : la pause qui « réveille » certaines adaptations

Surprise : après la reprise, davantage de protéines étaient modifiées qu’après la première période (217 contre 150), dont 117 nouvelles, surtout liées au métabolisme aérobie. Ce supplément n’apparaissait pas chez ceux qui s’entraînaient sans interruption. Les auteurs y voient l’écho d’un phénomène déjà observé au niveau épigénétique : une réponse amplifiée au ré-entraînement [3]. À confirmer, mais intrigant.

🚨 Niveau de preuve : ce que l’étude permet (et ne permet pas)

✅

Points forts. Design intra-individuel (les mêmes personnes suivies 30 semaines, 4 biopsies chacune) ; période contrôle sans entraînement permettant d’estimer les variations spontanées ; essai randomisé et enregistré ; protéomique de dernière génération ; statistiques strictes ; résultats répliqués lors de la seconde période d’entraînement.

⚠️

Limites à garder en tête.

  • Petit effectif (17 personnes dans le groupe pause) : classique pour des biopsies répétées, mais cela limite la puissance statistique.
  • Population : adultes de 18 à 40 ans, sains, débutants. Aucun patient, aucune personne âgée, aucune immobilisation ni chirurgie.
  • Un seul muscle (vaste latéral), une seule durée de pause (10 semaines), mesures uniquement au repos.
  • Mémoire ou simple persistance ? Certaines protéines « retenues » pourraient simplement avoir une longue durée de vie, comme le reconnaissent les auteurs. Et aucune analyse ne relie ces protéines à la vitesse de récupération : leur rôle reste à démontrer. Dans d’autres études, une mémoire moléculaire ne s’accompagnait pas d’une réponse clairement supérieure au ré-entraînement [5,9,10].
  • Pas de témoin pendant la pause : la période contrôle ne couvre que les semaines 0 à 10 ; une dérive saisonnière des protéines « retenues » pendant la pause ne peut donc pas être totalement exclue. Et les 30 participants analysés ont été retenus parmi 42 selon la quantité de biopsie disponible.
  • Seuils exploratoires : les listes de 29 et 81 protéines retenues reposent sur des critères élargis ; seules 4 protéines passent les critères les plus stricts.
  • Effet saison : trois protéines ont varié dans le groupe contrôle, peut-être sous l’effet du passage de la fin d’hiver au début de l’été — le muscle bouge aussi sans nous.
  • Financement : en partie un don d’une entreprise du secteur de l’entraînement (Renaissance Periodization) ; aucun conflit d’intérêts déclaré par les auteurs.
❌

Ce que l’étude ne permet pas : conclure qu’une pause est « bénéfique », ni transposer ces chiffres tels quels à vos patients âgés, opérés ou immobilisés. Pour eux, il faut s’appuyer sur d’autres travaux — c’est l’objet de la partie suivante.

🩺 Du labo au cabinet : ce que cela change

Trois situations cliniques, trois messages. Pour chacune, distinguons ce que montre la science et ce qui reste une extrapolation raisonnable.

Situation 1

La pause « de vie » : vacances, surcharge, petite maladie

C’est le scénario le plus proche de l’étude : une pause sans immobilisation. Ce qui part : la taille du muscle [1] et l’endurance, qui chute vite à l’arrêt [13]. Ce qui résiste : la force, une partie du « matériel » protéique et, probablement, les marques épigénétiques. Une méta-analyse chez l’adulte d’âge moyen et le senior précise les conditions : plus la période d’entraînement a été longue, mieux les gains résistent à l’arrêt ; après un programme court (moins de 24 semaines), seule une pratique intense préserve la force, et à condition que la pause ne dépasse pas la durée d’entraînement [16].

Et pour limiter la casse ? C’est l’intensité, plus que le volume d’entraînement, qui protège les acquis. Chez l’adulte jeune, une seule séance par semaine avec une série par exercice suffit à maintenir force et taille musculaire jusqu’à 32 semaines, à condition de garder des charges lourdes ; chez le senior, il faut viser jusqu’à 2 séances et 2 à 3 séries pour préserver la taille musculaire [18,19].

Situation 2

L’immobilisation et la chirurgie programmée

Attention à ne pas confondre pause active et immobilisation. Les participants de Hulmi marchaient, travaillaient, vivaient normalement. Une immobilisation est bien plus brutale : 3 jours d’immobilisation d’une jambe font perdre 2 à 3 % du volume du quadriceps chez l’homme jeune [21] ; 10 jours d’alitement coûtent environ 13 % de force des extenseurs du genou et 12 % de VO₂max chez le senior en bonne santé [20].

D’où l’intérêt de construire avant de perdre. Avant une ligamentoplastie du LCA, la préhabilitation pourrait améliorer la fonction du genou rapportée par le patient et accélérer le retour au sport — des données encourageantes, mais encore de qualité modérée [22,23]. Que la mémoire musculaire en soit l’un des mécanismes est une hypothèse cohérente avec l’étude de Hulmi, mais pas encore démontrée.

Situation 3

Le vieillissement et la prévention

Le muscle âgé répond à l’entraînement et garde une partie de ses gains : chez des hommes âgés, la force n’avait que modérément baissé après 12 semaines d’arrêt [15]. Mais l’entretien est plus exigeant : un an après la fin d’un programme supervisé de 6 mois, des seniors avaient perdu leur gain de masse et une partie seulement de leur gain de force était conservée [17]. Chez l’animal, des noyaux acquis persistent parfois longtemps, d’où l’idée de « construire un capital » tôt [6,7] — une idée séduisante, mais que la méta-analyse invite à nuancer pour l’humain, puisque les noyaux se perdent avec l’âge [11].

Le message le plus solide : entretenir toujours. Construire tôt garde tout son intérêt pour ses bénéfices immédiats ; l’idée d’un « capital mémoire » à long terme reste, elle, spéculative chez l’humain.

🗣️ Les mots pour le dire

La phrase de Claire — « le sport, ce n’est pas pour moi » — n’est pas anodine : un faible sentiment d’efficacité personnelle et un sentiment d’impuissance font partie des obstacles à l’adhésion les mieux documentés en kinésithérapie [24]. Une explication physiologique juste, concrète et chiffrée est un levier logique pour les travailler, même si son effet propre sur l’adhésion reste à évaluer.

Votre patient dit…Vous pouvez répondre…Sur quoi ça repose
« J’ai tout perdu. »« Vous avez surtout perdu de la taille de muscle et du souffle. Votre force, elle, est en grande partie restée : on va la mesurer ensemble. »Hulmi 2025 [1] ; Psilander 2019 [9] ; Mujika 2000 [13]
« Ça ne sert à rien de recommencer. »« Votre muscle a gardé des traces de votre entraînement. Ce que vous avez perdu reviendra plus vite que la première fois. »Halonen 2024 [12] ; Blocquiaux 2020 [15]
« Je pars trois semaines, j’arrête tout ? »« Une à deux séances courtes par semaine, en gardant des charges lourdes, suffisent à préserver l’essentiel. »Bickel 2011 [18] ; Spiering 2021 [19]
« Pourquoi me muscler avant l’opération ? »« Ce que vous construisez maintenant, c’est un capital sur lequel la rééducation pourra s’appuyer. »Giesche 2020 [22] ; Zakharia 2025 [23]
« À mon âge, à quoi bon ? »« Le muscle répond à tout âge. Il faut simplement l’entretenir un peu plus régulièrement. »Blocquiaux 2020 [15] ; Bickel 2011 [18]
🔁 Retour sur Claire

Vous ne lui dites pas « mais non, ça va revenir ». Vous la retestez : dans son cas, sa force à la presse reste au-dessus de son niveau de mars (ce n’est pas garanti chez tous : la conservation dépend de la durée et de l’intensité du programme initial [16]). Vous lui montrez l’écart avec son tout premier bilan, vous lui expliquez que son muscle a gardé une partie de son « matériel », que la taille du muscle et l’endurance reviendront avec la reprise, et qu’à l’avenir une séance hebdomadaire pendant les vacances limitera la casse.

Vous reprenez à partir de ce nouveau point de départ, avec une progression prudente du volume d’entraînement les premières séances — le genou arthrosique et les tendons aussi ont été déconditionnés. Claire repart avec un objectif chiffré… et l’envie de continuer.

🎯 Conclusion

L’étude de Hulmi et al. [1] apporte les premiers indices que le muscle humain garde, au niveau de ses protéines, une trace de l’entraînement en force après 10 semaines d’arrêt. Tout ne se vaut pas : la machinerie énergétique s’efface pendant la pause et revient avec la reprise, tandis qu’une partie de la charpente contractile et des équipes de remodelage reste en place. Ajoutée aux mémoires nerveuse et épigénétique, cette possible « mémoire protéomique » dessine un muscle qui, après quelques semaines d’arrêt, n’oublie pas tout — même si le rôle exact de chacune de ces traces dans la récupération reste à établir.

Pour le kinésithérapeute, le message est double : programmer en anticipant les pauses, et parler des pauses avec des mots justes.

🔄 Changer de regard

❌ Avant
✅ Maintenant
Après une pause, le patient repart de zéro.
La taille du muscle baisse vite, la force résiste mieux, et la récupération est plus rapide que l’acquisition initiale.
Une interruption, c’est un échec du programme.
Une pause de 10 semaines n’a pas empêché d’atteindre un résultat final comparable, à quantité d’entraînement égale.
La mémoire musculaire, c’est un mythe de salle de sport.
C’est un phénomène réel, avec des traces à plusieurs étages : nerveux, épigénétique et désormais protéique.
Toutes les adaptations se perdent au même rythme.
L’endurance chute vite à l’arrêt ; les protéines oxydatives s’effacent puis reviennent avec la reprise ; une partie de la structure contractile résiste mieux.
Inutile de renforcer avant une chirurgie ou une immobilisation.
Construire avant de perdre : la préhabilitation (surtout étudiée avant le LCA) donne un capital sur lequel la rééducation peut s’appuyer.

🏥 Les 6 changements à mettre en place au cabinet

  • 1
    Dédramatiser la pause avec des mots justes

    ✗ Ni « tout est perdu », ni « rien n’est perdu »

    ✓ Expliquer ce qui part (taille du muscle, endurance) et ce qui reste (force, une partie du « matériel »).

    → Objectif : ne pas nourrir le sentiment d’impuissance, obstacle bien documenté à l’adhésion [24].

  • 2
    Retester avant de reprogrammer

    ✓ Au retour d’une pause, mesurer la force (dynamomètre, 1RM estimé, tests fonctionnels) plutôt que de repartir du protocole initial.

    ✓ Montrer au patient l’écart avec son tout premier bilan : c’est la trace de son entraînement, rendue visible.

    ✓ Rester prudent sur le volume d’entraînement des premières séances : tendons, cartilage et tolérance à l’effort se sont aussi déconditionnés.

  • 3
    Ne pas oublier l’endurance à la reprise

    ✓ La capacité aérobie chute vite à l’arrêt [13], et les protéines du métabolisme aérobie font partie de celles qui retombent complètement pendant la pause [1].

    ✓ Réintégrer dès la reprise un travail cardio-respiratoire, surtout chez les patients déconditionnés ou âgés.

  • 4
    Prescrire un « programme pause »

    ✓ Avant les vacances ou une période chargée : 1 à 2 séances par semaine, 1 à 3 séries par exercice, en conservant des charges lourdes [18,19].

    ✓ Chez le senior, viser plutôt 2 séances par semaine [18,19].

    → L’intensité protège les acquis bien mieux que le volume d’entraînement [19].

  • 5
    Préhabiliter avant une immobilisation programmée

    ✓ Ligamentoplastie du LCA en tête (là où les données sont les plus nombreuses [22,23]), mais aussi autre chirurgie programmée, plâtre, hospitalisation prévue : construire du capital avant de perdre — une extrapolation raisonnable au-delà du LCA.

    ✓ Pendant l’immobilisation, limiter l’alitement et entretenir ce qui peut l’être : 10 jours au lit coûtent environ 13 % de force chez le senior [20].

  • 6
    Entretenir toujours, construire tôt

    ✓ Chez le senior, privilégier la continuité, avec une dose d’entretien plus élevée [17,18].

    ✓ Encourager le renforcement dès le jeune adulte, notamment lors de Mon Bilan Prévention, pour ses bénéfices immédiats — l’idée d’un « capital mémoire » à long terme reste spéculative chez l’humain [11].

    → Le muscle garde une trace de ce qu’on lui a appris… à condition de continuer à le lui rappeler.

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  • Retrouver d’un bilan à l’autre vos mesures de force, vos tests fonctionnels et vos questionnaires, pour montrer au patient ce qu’il a conservé après une pause.
  • Envoyer en quelques clics un programme d’exercices vidéo « spécial pause » à réaliser pendant les vacances.
  • Générer un compte rendu structuré via une IA sécurisée hébergée en France, pour le patient ou son médecin.
  • Réaliser Mon Bilan Prévention et ancrer le renforcement musculaire comme un capital santé dès le plus jeune âge.

Label kiné, pour des kinés.

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Votre prochain patient qui revient après l’été ne repart pas de zéro.

Ouvrez TOHA, comparez son bilan à celui d’avant la pause, et transformez « j’ai tout perdu » en « voilà ce que vous avez gardé ».

📚 Référence principale
  1. [1]
    Hulmi JJ, Halonen EJ, Sharples AP, O’Connell TM, Kuikka L, Lappi VM, Salokas K, Keskitalo S, Varjosalo M, Ahtiainen JP. Human skeletal muscle possesses both reversible proteomic signatures and a retained proteomic memory after repeated resistance training. J Physiol. 2025;603(9):2655–2673. doi:10.1113/JP288104 · PMID : 40183698 · Accès ouvert (CC BY).
📖 Références complémentaires (PubMed)

Sélection de publications indexées dans PubMed, citées dans le corps de l’article (physiologie de la mémoire musculaire, désentraînement, maintien des acquis, immobilisation, préhabilitation, adhésion).

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Article rédigé pour le blog scientifique TOHA (toha.care).

Figure 1 reproduite de Hulmi et al. (2025), licence Creative Commons Attribution. Figures 2 et 3 réalisées par TOHA à partir des données publiées. Le cas clinique est fictif.

Cet article ne se substitue pas à un jugement clinique individualisé.