Multimorbidité et contraintes financières : comment les patients choisissent leurs soins
Enquête nationale — Larkin et al., BMC Prim Care, 2025 · 962 adultes irlandais
Marie, 57 ans — diabète de type 2, arthrose et bronchite chronique. Depuis quelques mois, elle annule des rendez-vous, n’achète plus ses médicaments systématiquement, se dit épuisée.
Marie n’est pas seule. Elle illustre une réalité cliniquement invisible mais économiquement brûlante : celle des patients qui font des arbitrages forcés entre différents soins — voire entre soins et besoins vitaux.
⚡ Highlights
🔬 Méthodologie
962 adultes irlandais de 40 ans et plus, atteints d’une ou plusieurs maladies chroniques. Deux volets :
📊 Résultats — Ce que les patients sauvent, ce qu’ils abandonnent
1 Non-observance massive — Les chiffres réels
- 34,5 % ont déjà renoncé à un soin pour raisons financières
- 31,1 % ont annulé des consultations
- 15,5 % ont interrompu un traitement médicamenteux
📉 Gradient de renoncement — Réduction budgétaire simulée (−25 %)
- Médicaments (surtout si perçus comme vitaux)
- Consultations de médecine générale
- Soins liés à la pathologie prioritaire
- Consultations spécialisées
- Soins hospitaliers programmés
- Pathologies jugées moins urgentes
2 Priorisation des pathologies en multimorbidité
40,7 % des patients multimorbides dépriorisent une affection au profit d’une autre. L’affection prioritaire bénéficie d’une réduction de dépenses 71 % moins importante que prévu — l’affection dépriorisée subit une coupe 60 % plus forte.
3 Les raisons qui guident les arbitrages
- Maintien en vie — priorité absolue
- Contrôle des symptômes — ce qui soulage aujourd’hui
- Autonomie fonctionnelle — ce qui permet de continuer à vivre normalement
- Les conseils médicaux arrivent en second plan
Pour les patients les plus précaires, les alternatives (économies, réduction des loisirs, travail supplémentaire) sont souvent inexistantes. Ce ne sont pas des choix — ce sont des contraintes.
🎯 Conclusion
Les patients atteints de multimorbidité ne font pas des choix arbitraires. Ils protègent ce qui, pour eux, fait sens : vivre, bouger, respirer.
La priorité médicamenteuse, le rejet des soins spécialisés, les arbitrages entre pathologies : autant de signaux qu’il faut entendre et traduire en action clinique concrète.
Le cabinet peut devenir un observatoire actif de ces tensions — et un levier pour une santé plus équitable.
🏥 Les changements à mettre en place au cabinet
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1
Utiliser la littératie en santé pour guider les choix
Proposer un bilan partagé de priorités en expliquant les soins selon leur impact sur la santé, l’autonomie et les symptômes. Employer un langage accessible et visuel.
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2
S’appuyer sur la biologie des comorbidités
Identifier les pathologies dominantes (cardiovasculaires, respiratoires) et celles à répercussion en cascade. Certaines priorisations sont biologiquement non-négociables.
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3
Intégrer le statut socio-économique du patient
Interroger les ressources sociales et les contraintes : isolement, emploi précaire, charges familiales, mobilité. Certains patients n’ont pas de marge de choix.
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4
Détecter la non-observance masquée
Questions ouvertes : « Avez-vous pu suivre votre traitement ce mois-ci ? » ✓ Retards répétés ✓ Absences inexpliquées ✓ Ajustements silencieux
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5
Réorganiser les séquences de soins pour réduire la charge financière
Fractionner ou espacer les séances. Mettre l’accent sur les gestes à forte efficacité perçue. Réduire les redondances entre intervenants (doublons de bilans, examens).
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6
Coordonner les prescriptions avec les médecins
Valoriser les thérapies centrales. Ouvrir la discussion pour ajuster les traitements non prioritaires en période de contrainte budgétaire.
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7
Activer les ressources d’accompagnement social
Orienter vers les travailleurs sociaux, associations locales. Proposer des solutions de réduction de coût : soins groupés, mutuelles adaptées, services publics.
Dans TOHA : accédez à nos modules de bilan pour structurer une prise en charge adaptée aux contraintes réelles de vos patients multimorbides — et rendre visible ce qui reste souvent silencieux.
Vos patients vous disent-ils vraiment ce à quoi ils renoncent ?
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